La mort : comment en parler aux enfants ?
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La mort fait inévitablement partie de la vie. Pourtant, pour de nombreux parents, il s’agit d’un sujet délicat à aborder. Nos propres expériences, nos peurs et nos émotions influencent souvent notre manière d’en parler.
Les recherches en psychologie du développement indiquent que les enfants commencent à s’interroger sur la mort dès l’âge de 3 ou 4 ans. Leur compréhension évolue toutefois graduellement, en fonction de leur développement et de leurs expériences.
Pour vous parler de ce sujet sensible, nous avons collaborer avec Joëlle Pouliot-Lapointe, titulaire d'un doctorat en psychologie. Joëlle travaille dans le milieu scolaire depuis 2009. Elle accompagne intervenants scolaires, parents et enfants notamment pour soutenir le développement des compétences socio-émotionnelles. Elle offre aussi de la guidance parentale et un espace de psychothérapie pour les enfants dans le cadre de sa pratique privée. Elle a eu l'occasion d'être impliquée dans la validation de différents contenus de la Fabli dont pour la dernière histoire de Charlie qui aborde le thème de la mort.
Les recommandations présentées ici s’appuient sur les connaissances actuelles en psychologie du développement et en accompagnement du deuil chez l’enfant. Il peut être tentant, comme parent, d’éviter le sujet pour protéger son enfant. Pourtant, les accompagner avec des mots simples, concrets et adaptés à leur âge tend à favoriser, à plus long terme, un sentiment de sécurité et une meilleure compréhension de ce qu’ils vivent.
Pourquoi est-ce parfois difficile pour les parents d’aborder la mort ?
Il est tout à fait normal d’hésiter à parler de la mort avec son enfant. Ce sujet peut raviver nos propres peurs, souvenirs ou émotions. Plusieurs parents souhaitent protéger leur enfant, éviter de lui faire peur ou ne pas savoir exactement quoi dire. Avec cette intention bienveillante, certains choisissent d’éviter le sujet. Pourtant, lorsque les explications manquent, certains enfants peuvent tenter de comprendre par eux-mêmes, ce qui peut parfois créer de la confusion ou des inquiétudes.
Il n’est pas nécessaire de provoquer une discussion. Mais être disponible pour répondre aux questions ou aborder le sujet lorsqu’un événement survient (décès d’un proche, d’un animal, situation observée) peut être aidant.
Que comprend un enfant de la mort selon son âge ?
La compréhension de la mort se construit progressivement.
• Avant 3 ans : L’enfant n’a pas encore une compréhension de la mort. Il perçoit surtout
l’absence et les changements dans son environnement.
• Entre 3 et 5 ans : L’enfant comprend que le corps ne fonctionne plus, mais peut croire que la mort est temporaire ou réversible.
• Entre 5 et 7 ans : Il commence à comprendre que la mort est définitive, mais peut encore avoir des pensées magiques ou croire qu’elle ne concerne que certaines
personnes.
• Vers 8-10 ans : L’enfant comprend davantage que la mort est irréversible, universelle et fait partie du cycle de la vie.
Le rythme varie d’un enfant à l’autre. Certaines histoires, images ou métaphores
peuvent aussi amener des compréhensions inexactes (ex. : “il dort”, “il est une
étoile”). Il peut alors être utile de revenir à des explications simples et concrètes.
Comment annoncer la mort d’un proche (ou d’un animal) à un enfant ?
Lorsqu’un décès survient, la manière d’annoncer la nouvelle est importante.
Voici quelques repères :
• Choisir un moment calme et sécurisant. Un endroit où l’enfant se sent en sécurité.
• Utiliser des mots simples et directs. « Grand-papa est mort. Son cœur a arrêté de fonctionner. »
• Donner une information vraie, adaptée à l’âge. Sans entrer dans trop de détails, mais sans cacher la réalité.
• Accueillir les réactions. Chaque enfant réagit différemment : pleurs, silence, questions ou peu de réactions.
• Répéter au besoin. La compréhension se construit dans le temps.
Les mêmes principes s’appliquent pour un animal.
Comment parler de la mort à son enfant ?
Il n’existe pas une seule bonne façon, mais certaines attitudes sont reconnues
comme aidantes.
• Expliquer simplement et concrètement. Le corps ne fonctionne plus, le cœur ne bat plus.
• Répondre aux questions avec honnêteté. Dire “je ne sais pas” est une réponse valide. Vous pouvez aussi dire : « Je vais y réfléchir et je t’en reparlerai. »
• Rassurer sans minimiser. La mort peut survenir à différents moments (maladie, accident). Vous pouvez aussi dire : « En ce moment, tu es en sécurité, et il y a des adultes pour prendre soin de toi. » Si c’est juste dans votre situation, vous pourriez ajouter: « Je suis en santé et je prends soin de moi. »
• Adapter le rythme. Plusieurs petites conversations valent mieux qu’une
seule longue.
La présence de l’adulte (calme, disponible, ouverte) est souvent plus importante
que les mots exacts.
Quels mots faut-il éviter... et pourquoi est-ce tentant de les utiliser ?
Il est très compréhensible de vouloir adoucir la réalité.
Des expressions comme :
• “il s’est endormi”
• “il est parti”
• “il est au ciel”
• “il est une étoile”
sont souvent utilisées avec de bonnes intentions.
Cependant, chez les jeunes enfants, elles peuvent créer de la confusion :
• peur de dormir
• peur de la séparation
• attente du retour
Utiliser des mots concrets comme “mort” ou “mourir” est généralement plus
aidant à long terme. On recommande donc d’éviter ce type de métaphores.
Que peut-on faire concrètement pour soutenir un enfant lors d’un décès ?
Au-delà des mots, certains gestes peuvent aider :
• Créer un rituel (bougie, souvenirs, photos)
• Impliquer l’enfant (dessin, cérémonie)
• Utiliser le jeu ou le dessin
• Maintenir une routine stable
• Accueillir et normaliser les émotions
Ces gestes offrent des repères et soutiennent l’adaptation. Ces attitudes et ces
gestes peuvent contribuer à :
• diminuer l’anxiété
• favoriser la compréhension
• soutenir l’expression des émotions
• renforcer le sentiment de sécurité
Faut-il parler de ses propres émotions à son enfant ?
Lorsque vous annoncez un décès, il est probable que vous viviez vous aussi plusieurs émotions. Beaucoup de parents se demandent s’ils doivent les partager.
Oui, avec certaines nuances. Voir un parent nommer ses émotions aide l’enfant à
comprendre que ce qu’il ressent est normal.
Exemples :
• « Je suis triste parce que grand-maman est morte. »
• « Ça me fait de la peine, et c’est normal. »
L’important est de rester dans un partage simple et contenu. L’enfant n’a pas à
porter les émotions de l’adulte. Il a surtout besoin de sentir que l’adulte est capable
de les vivre tout en restant présent pour lui. Ce n’est pas l’émotion qui insécurise,
mais le fait de se sentir seul face à celle-ci.
Conclusion
Parler de la mort avec un enfant peut être difficile... et parfois un peu plus simple
qu’on ne l’imagine. Avec des mots simples, une présence rassurante et une
ouverture aux questions, il est possible de créer un espace sécurisant pour l’enfant.
Ce n’est pas tant la perfection des réponses qui compte, mais la qualité du lien et la
disponibilité à accompagner l’enfant dans ce qu’il vit.
Vers qui se tourner pour obtenir du soutien ?
Deuil-Jeunesse
418-624-3666 | 1-855-889-3666
https://deuil-jeunesse.com
Offre aussi des ressources pour les parents
Naître et grandir
https://naitreetgrandir.com
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