Prévenir l’intimidation : développer l’empathie et les habiletés sociales - Fabli

Prévenir l’intimidation : développer l’empathie et les habiletés sociales

L’intimidation chez l’enfant est une réalité préoccupante qui touche de nombreuses familles. Contrairement à un simple conflit, elle implique un déséquilibre de pouvoir et des gestes répétitifs visant à exclure ou blesser. Comment savoir si son enfant est victime d’intimidation ? Comment réagir avec justesse lorsqu’il se confie ? Et surtout, comment prévenir ces situations dès la maison ?

Dans cet article, Laurence Morency-Guay, professeure en psychologie du développement et doctorante en psychopédagogie, maman et autrice,  vous propose des repères clairs et des conseils concrets pour accompagner votre enfant avec écoute, douceur et confiance.

Qu’est-ce que l’intimidation, exactement ?


L’intimidation se distingue d’un simple conflit, puisqu’il existe un déséquilibre de
pouvoir entre les deux parties (enfant intimidé et enfant intimidateur). Ce
déséquilibre peut être physique (taille), social (popularité) ou psychologique
(estime de soi). L’intimidation est rarement une situation isolée, c’est-à-dire
qu’elle est généralement répétitive. Elle peut prendre différentes formes (violence
physique ou verbale), mais chez les enfants d’âge scolaire, elle est
généralement verbale (insultes, propagation de rumeurs) et vise à exclure
l’enfant d’un groupe. On constate aussi de plus en plus que l’intimidation a lieu
en ligne (cyberintimidation), via les réseaux sociaux ou les plateformes de
discussion comme Messenger.


Comment savoir si mon enfant est victime d’intimidation ?


Certains enfants verbaliseront explicitement les situations dont ils sont victimes,
mais ce n’est pas toujours le cas. Il faut donc aussi surveiller la manifestation de
certains signes, comme des changements d’humeur importants, un repli sur soi,
le refus d’aller à l’école, des maux de ventre ou des maux de tête fréquents, des
commentaires négatifs à son sujet (par exemple, « je suis nul »), une anxiété
d’aller dans certains endroits publics fréquentés par d’autres enfants, la perte ou
le bri d’objets personnels ou de vêtements.
Sans dire que ces signes sont inévitablement liés au fait de subir de
l’intimidation, il faut surtout surveiller leur accumulation. Il est aussi important de
veiller à informer l’adulte qui s’occupe de l’enfant au quotidien, que ce soit un
éducateur à l’enfance ou un enseignant. Si cette personne observe les mêmes
comportements ou des situations particulières dans les relations avec les autres,
il faut intervenir.


Que faire si mon enfant me confie qu’il est intimidé ?


En tant que parent, le premier réflexe est souvent de vouloir banaliser. Ce n’est
pas mal intentionné et ça se veut un geste de réconfort, mais l’enfant pourrait se
sentir invalidé, ce qu’on ne veut pas. Par exemple, en disant « Ne t’en occupe
pas, fais toi d’autres amis », l’enfant pourrait percevoir que ce qu’il ressent n’a
pas sa place, ou qu’il n’est pas apte à bien comprendre les situations qu’il
traverse. On doit donc miser sur l’écoute et l’acceptation de ce qu’il vit, par
exemple en faisant un reflet de ses émotions : « Je vois que tout ça a l’air de
beaucoup t’affecter, et je comprends, moi aussi ça me ferait de la peine. ». Ce
n’est pas nécessaire d’être tout de suite en mode solution, mais il est important
de garder des traces et d’informer le milieu scolaire si c’est une situation qui
arrive à l’école. Une collaboration entre la direction, les enseignants et la famille
est toujours un bon point de départ.

Personnellement, je préfère aider l’enfant à développer ses habiletés sociales au
lieu de tout de suite lui enseigner comment réagir en cas de rejet ou de
comportements méchants par les pairs. C’est un facteur de protection que d’être
capable de bien interagir avec les autres. Les habiletés sociales ne sont pas
innées : elles s’enseignent. L’enfant aura besoin d’apprendre à entrer dans un
jeu, à demander de l’aide, à dire non et à mettre ses limites avec assurance et
respect et à réagir à différents types de provocation. En nommant les étapes à
suivre et en donnant des exemples de quoi dire, on permet à l’enfant d’intégrer
peu à peu de bons modèles sociaux.


Est-ce normal que mon enfant craigne de se défendre ?


Il est plus souvent observé que les enfants victimes d’intimidation ressente de la
peur, de la honte ou même de la confusion quant à la situation, plutôt que de
chercher à reprendre sa place. C’est pourquoi il ne faut pas prendre cette
avenue dans l’accompagnement d’un enfant victime d’intimidation : au lieu de lui
dire de « ne pas se laisser faire », on mise sur des interventions indirectes,
comme l’informer de qui aller voir concrètement quand ça arrive (éducateurs,
enseignants, animateurs) ou de renforcer son réseau social en créant des
opportunités pour l’enfant d’élargir son cercle (organiser des activités avec des
enfants de l’entourage, comme les enfants de nos amis) – ce qui va avoir un
effet sur l’estime de soi et agira donc comme facteur de protection.


Mon enfant peut-il devenir intimidateur sans que je le sache ?


Il y a plusieurs facteurs qui influencent les comportements d’intimidation chez
l’enfant, et ce n’est pas nécessairement le résultat d’un mauvais encadrement
parental.
Lorsqu’un enfant intimide, il a lui aussi besoin d’accompagnement. Il faudra
miser sur l’apprentissage des conséquences de ses gestes, en discutant et en
racontant des cas où un enfant a été mis de côté et de l’impact que ça a eu, et
enseigner d’autres manières d’entrer en relation.
Les enfants apprennent d’abord par l’observation. La façon dont les adultes
gèrent les conflits, expriment leurs émotions ou respectent les autres sert de
modèle direct. On peut donc montrer comment écouter sans interrompre,
exprimer un désaccord calmement et respecter les limites des autres. Ce que
l’enfant voit régulièrement devient progressivement ce qu’il reproduit. Ce n’est
pas automatique que cela évitera les comportements d’intimidateur, mais c’est
une bonne base.


Comment puis-je prévenir l’intimidation à la maison ?


Être un modèle positif d’empathie, de respect, d’expression des émotions et de
comportements prosociaux est une excellente base préventive.

L’empathie est une habileté sociale qui se manifeste tôt dans le développement,
mais qui devra être soutenue. En posant des questions comme : « Comment
crois-tu que l’autre se sent dans cette situation », en discutant des émotions
perçues chez les autres « Pourquoi crois-tu qu’il vienne d’éclater de rire ou de se
fâcher », que ce soit dans une situation réelle ou à la suite de la lecture d’un
livre, l’enfant pourra graduellement apprendre à tenir compte de l’impact de ses
gestes sur les autres.
Ensuite, comme les enfants apprennent lors de situations concrètes, il ne faut
pas hésiter à faire des jeux de rôle pour enseigner de bonnes habiletés sociales;
au travers des activités symboliques ou des jeux avec bonhommes/poupées où
on peut proposer des scénarios simples, par exemple : « Que pourrais-tu dire si
quelqu’un se moque de toi ? » ou « Comment peux-tu dire que tu n’aimes pas ce
jeu ? ». Le fait de pratiquer dans un contexte sécurisant permet à l’enfant de se
sentir plus confiant en situation réelle.
Le fait de valoriser les comportements prosociaux de l’enfant peut aussi l’aider à
voir ce qui a un impact positif sur ses échanges relationnels. Quand on remarque
un geste de gentillesse, on le souligne. Au lieu de dire seulement « bravo », on
précise ce qu’on a observé de bien, par exemple : « J’ai vu que tu as attendu ton
tour », « Tu as trouvé une solution sans te fâcher », « Tu as été attentif aux
émotions de ton ami ». En valorisant les échanges positifs, c’est ce que l’enfant
sera plus enclin à adopter au quotidien.


En résumé :


- L’intimidation se distingue d’un simple conflit : elle implique un
déséquilibre de pouvoir (physique, social ou psychologique) et des gestes
répétitifs, souvent verbaux ou relationnels, qui visent à exclure ou à
blesser un enfant, parfois aussi en ligne.


- Les enfants ne disent pas toujours qu’ils sont intimidés. Des
changements de comportement (repli sur soi, refus d’aller à l’école, maux
physiques fréquents, baisse de l’estime de soi) peuvent être des signaux
à observer, surtout lorsqu’ils s’accumulent.


- Lorsqu’un enfant se confie, l’écoute et la validation sont essentielles.
Minimiser ce qu’il vit peut le faire se sentir incompris. Il est préférable de
reconnaître ses émotions, de garder des traces et de collaborer avec le
milieu scolaire si la situation s’y déroule.


- Craindre de se défendre est une réaction normale chez un enfant
victime d’intimidation. Plutôt que de lui dire de « ne pas se laisser faire », il
est plus aidant de lui montrer vers qui se tourner pour obtenir de l’aide et
de renforcer son réseau social.

- La prévention commence à la maison : en étant un modèle d’empathie
et de respect, en enseignant explicitement les habiletés sociales (mettre
ses limites, demander de l’aide, résoudre un conflit) et en valorisant les
comportements prosociaux au quotidien.

 

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Laurence Morency-Guay est professeure en psychologie du développement et doctorante en psychopédagogie. Autrice et conférencière, elle est surtout maman de trois enfants et profondément passionnée par les enjeux liés à l’enfance, un sujet qu’elle explore et met en pratique à travers ses nombreux projets. Elle a d’ailleurs adopté la Fabli au sein de sa propre famille.

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